La promesse du pape François

La promesse du pape François

Il serait prétentieux d’affirmer connaître le programme du nouveau pape 24 heures après son élection. Mais en choisissant le nom François – une première dans l’histoire de l’Église catholique – l’Argentin Bergoglio permet d’espérer. Car ce choix témoigne déjà d’une direction et d’un style que le nouveau pape pourrait adopter.

Pour les catholiques, le nom François évoque principalement trois figures : celles de François d’Assise, de François Xavier et de François de Sales, trois saints à même d’inspirer l’ancien archevêque de Buenos Aires, même si le Vatican a confirmé ce matin qu’il s’agissait d’abord d’une référence à François d’Assise.

Ce saint est parmi les plus connus de l’Église catholique. François d’Assise évoque l’humilité et la pauvreté, deux réalités présentes dans la vie de pasteur du nouveau pape.  Depuis hier, les anecdotes sur Bergoglio abondent : son petit appartement, ses déplacements en autobus, son soutien pastoral aux bidonvilles. Ce matin encore, il est allé régler la note à l’endroit où il logeait ces derniers jours, avant le début du conclave.

En Argentine, ce fils d’immigrants italiens a vécu au rythme des crises qui ont frappé le pays : la guerre, la dictature, la crise financière. Il a connu les dégâts causés par des régimes politiques inadéquats, il a connu les laissés-pour-compte d’un néolibéralisme érigé en solution aux problèmes, mais qui a engendré à son tour des détresses économiques et morales.

Mais François d’Assise, c’est aussi l’héritage d’un souci pour l’environnement, ou la Création, si l’on se place du point de vue des croyants. C’est également un dialogue respectueux avec l’islam. À cet égard, sa rencontre avec un sultan en Égypte au 13e siècle est souvent interprétée comme l’un des moments précurseurs du dialogue islamo-chrétien. C’est encore, à travers son amitié avec Claire d’Assise, le signe d’une collaboration entre femmes et hommes au sein de l’Église.

Le pape pourrait également s’inspirer de François Xavier, l’un des jésuites – comme lui désormais – les plus connus de l’histoire. L’histoire se rappelle surtout de son activité missionnaire en Asie. Dans les milieux croyants, le terme «évangélisation» est souvent employé. L’Église catholique se penche actuellement sur les moyens de procéder à une «nouvelle évangélisation». La référence à François Xavier coïncide drôlement bien.

D’un point de vue politique, plusieurs pays d’Asie présentent des similitudes avec l’Argentine dans la transition d’un État répressif vers un modèle démocratique adossé au néolibéralisme. Au cours des derniers mois, l’Église a réussi à améliorer ses relations avec l’État vietnamien, mais est encore à couteaux tirés avec la Chine. Les défis restent entiers pour le pape avec le Pakistan, l’Inde ou l’Indonésie, où les chrétiens sont souvent visés lors de violences interethniques ou interreligieuses.

Enfin, il y a François de Sales, un grand intellectuel de l’Église catholique, considéré comme l’un des précurseurs de la presse catholique. Il est contemporain du développement et l’imprimerie. Cet érudit se démarque également pour sa capacité à avoir su se faire proche des pouvoirs temporels, c’est-à-dire des familles royales de l’époque en Europe.

Si le choix du cardinal Bergoglio d’adopter le nom François est lourd de signification historique pour l’Église, il relève également de l’inédit.

Paradoxalement, Benoît XVI aura sans doute été le dernier pape du 20e siècle, même s’il fut élu en 2005. Le parcours de Joseph Ratzinger incarnait les grands mouvements de l’Église catholique des 100 dernières années. Voilà que François deviendra fort probablement le premier véritable pape du 21e siècle : tandis que Benoît XVI fermait un cycle, Bergoglio en ouvre un nouveau. En ce sens, son arrivée relève de l’inédit.

On a fait grand cas ces dernières semaines des tensions entre «progressistes» et «conservateurs» au sein même de cette Église. Des sondages réalisés au Québec et aux États-Unis montrent un fort désir d’avoir un pape «progressiste» au sein de la population. Sur le plan doctrinal, nous pourrions avoir droit à quelques nuances, mais la «révolution» espérée par certains n’aura probablement pas lieu. Les déclarations antérieures de l’Argentin sur la morale sexuelle sont sans équivoque.

Mais en choisissant le nom François, Bergoglio tend la main au monde entier pour aborder avec lui d’autres problèmes urgents. À l’instar des saints François évoqués ci-haut, l’Église a une parole forte sur les problèmes économiques, sur la paix, sur la dignité de la personne humaine et sur le respect de l’environnement. Ces thèmes ouvrent la porte à un dialogue plus rassembleur autour des grands défis du monde actuel.

Bouleversement doctrinal? Probablement pas. S’il y a un bouleversement, c’est bien celui de l’avènement de ce nom, «François», qui annonce la promesse d’un changement de style, inspiré par François d’Assise. Une promesse qui permet d’espérer.