Trois ans pour transformer la plus grande Église protestante au pays

Trois ans pour transformer la plus grande Église protestante au pays

*** Entrevue publiée le 14 juin 2013 via le Service d’information Proximo. ***

L’Église Unie du Canada mène actuellement l’un des plus vastes processus consultatifs de son histoire. L’objectif? Définir ce qu’elle sera en 2025. Concrètement, il s’agit de trouver des solutions viables pour faire face au déclin qui la guette, alors que son nombre de fidèles et ses revenus continuent de diminuer.

Consciente des défis qui l’attendent, l’Église Unie du Canada a pris les grands moyens lors de son Conseil général en août 2012. Cette rencontre de la plus haute instance décisionnelle de la principale Église protestante au pays a donné le coup d’envoi à une « révision globale ». Lors de leur prochaine rencontre en 2015, les délégués du Conseil général se prononceront sur les fruits de cette révision globale.

Il semblerait donc que l’avenir de l’Église Unie du Canada réside en grande partie entre les mains du Groupe de travail sur la révision globale, présidé par la Québécoise Cathy Hamilton, pasteure de Christ Church, à Deux-Montagnes. Cette dernière coordonne les huit membres du groupe et l’armada de bénévoles qui doivent mener à bien une consultation pancanadienne sur l’avenir de l’Église.

« Tout, absolument tout, sera révisé. Pour l’instant nous pouvons toutefois affirmer que nous allons continuer d’être chrétiens », dit-elle avec un soupçon d’humour.

En effet, il ne s’agit pas tant de changer les positions théologiques fondamentales de l’Église Unie que de réfléchir à leur forme et aux moyens de les mettre en œuvre pour l’avenir.

« Nous sommes à l’écoute. Nous avons commencé la consultation avec les communautés de foi. Nous en avons environ 2500 au Canada. Il s’agit d’avoir une conversation au niveau des rêves et des volontés de Dieu.  Comment sera l’Église Unie en 2025? », situe-t-elle.

En 2025, l’Église Unie du Canada soulignera son 100e anniversaire. Cathy Hamilton croit qu’il faut d’abord prendre le temps d’émettre des souhaits sur la forme et la mission de l’Église pour cet avenir pas si lointain, pour ensuite mieux cerner les moyens à mettre en place pour y parvenir.

« Je suppose que la plupart de nos communautés seront encore réunies dans un bâtiment avec un pasteur engagé à temps plein. Mais ça ne veut pas dire que c’est le seul moyen d’être Église. Être Église, ce n’est pas nécessairement se réunir entre quatre murs. On a tendance à tenir compte des « derrières assis sur les bancs », mais ce n’est pas un bon moyen de rendre compte de l’implication réelle des gens. »

Selon elle, divers projets communautaires et artistiques illustrent déjà d’autres moyens « d’être Église Unie ».

Réticences aux changements
Au Canada, l’Église Unie a la réputation d’être l’une des plus ouvertes et progressistes. Égalité des sexes, ouverture à l’homosexualité : ces questions sont réglées depuis longtemps. L’été dernier, son Conseil général a élu à la tête de l’Église le pasteur Gary Paterson, un homme ouvertement homosexuel.

Mais comme toute institution de grande taille, l’Église Unie compte parmi ses rangs des gens réticents aux changements. Or, la « révision globale », c’est la promesse du changement à vitesse grand V !

« L’Église Unie est très ouverte à tout le monde. Ça veut dire que nous sommes progressistes, mais ça veut aussi dire que nous sommes ouverts aux personnes réticentes aux changements… Nous sommes prêts à avoir des conversations difficiles, dans le respect. Peu importe notre position », insiste la présidente du Groupe de travail.

Par exemple, la décision de faire du boycott des produits des colonies israéliennes une politique officielle de l’Église Unie l’été dernier fait partie de ces « changements » qui n’ont pas été bien accueillis par tous.

« Certaines communautés, ou membres de communautés, ne sont pas d’accord. Donc, la « révision globale » doit trouver un moyen pour que ces voix puissent se faire entendre. Comment faire? L’Église Unie n’a pas d’évêque qui tranche la question. Si on veut garder des espaces pour plusieurs voix, ça demande un investissement en temps et en argent. Pour notre Groupe de travail, le défi consiste donc à parvenir à un équilibre entre, d’une part, le besoin de réduire les dépenses et d’être efficace et, d’autre part, le maintien d’une sensibilité aux différentes voix qui émergent au sein de notre Église », explique Cathy Hamilton.

Tout un défi, en effet, car le Groupe de travail devra présenter au Conseil général des options réalistes et compréhensibles en 2015 s’il veut espérer une suite positive à cette consultation sans précédent. Devant des propositions trop éparses ou touffues, les chances de donner le coup de barre nécessaire pour assurer l’avenir de l’Église seront plutôt minces.

Bien que notre époque marche au rythme des 140 caractères, le Groupe de travail mise quant à lui sur une équipe de 140 bénévoles formés à travers le Canada qui assurent que les consultations et les discussions avec les communautés locales, aussi reculées soient-elles, puissent avoir lieu. Des bénévoles qui sont d’ailleurs prêts à assurer des séances d’échanges d’idées en anglais, en français, en espagnol, et en diverses langues amérindiennes, selon les besoins.

« Il faut parler maintenant. Si on attend 2015, ce sera impossible de parvenir à quelque chose de cohérent. D’où l’importance de la consultation », rappelle la pasteure.

« Libérer de l’énergie »
Si Cathy Hanilton se refuse à parler de révolution, elle n’hésite pas à anticiper les grandes « transformations » à venir.

« Je trouve que Dieu fait quelque chose… d’énorme. Il faut garder des choses qui sont fondamentales [dans notre foi]. J’espère libérer de l’énergie pour travailler pour le Royaume de Dieu au sein de la société. »

Actuellement, déplore-t-elle, beaucoup d’efforts sont consacrés aux structures de l’Église, à ses comité et à sa gestion.

« La manière d’être l’Église Unie – l’accent sur la justice, l’ouverture, le progressisme – avec la foi en Jésus-Christ, ça va continuer, croit-elle. Mais les moyens – l’administration, les finances – changeront. »

Et Cathy Hamilton ne le dit pas à la légère : détentrice d’une maîtrise en administration, cette ancienne employée du journal The Gazette fait une lecture lucide de son institution.

« L’Église institutionnelle est en diminution. Les jeunes de partout, dont les jeunes francophones, sont aujourd’hui moins intéressés par les institutions que par une vie de foi active. Ils ne s’intéressent pas à tel ou tel comité… mais ils veulent agir, faire des choses. La révision globale cherche ainsi à libérer de l’énergie pour permettre à ces jeunes de s’investir comme ils l’entendent. »

Selon elle, c’est l’art de réussir à passer d’une « vie communautaire administrative » à une « vie communautaire spirituelle ».

« Rien ne se fera les portes closes »
Cette vaste consultation du Groupe de travail se poursuit jusqu’à la fin du mois d’octobre. Par la suite, ses huit membres devront établir différents modèles, les faire connaître, et encourager les membres de l’Église Unie à en discuter.

« Rien ne se fera les portes closes », assure-t-elle au sujet d’un processus qu’elle veut le plus transparent possible.

Preuve de ce qu’elle avance, elle reconnait que de toute façon, rien n’est encore complètement décidé pour la suite des choses. Elle sait seulement que, mine de rien, la première des trois années dont elle dispose pour mener à bien sa mission avant la rencontre du Conseil général de 2015 est pratiquement derrière elle.