L’insignifiance salutaire de l’Halloween

L’insignifiance salutaire de l’Halloween

L’Halloween, c’est mal. C’est l’archevêque de Lodz, en Pologne, qui le dit. Ce prélat d’une Église qui voit fondre son influence sur la société polonaise comme neige au soleil n’a peut-être pas compris le subtil intérêt de cette fête pour des croyants.

Évoquant un dégradant « festival fondamentalement anti-chrétien », l’homme de 64 ans redoute particulièrement l’association entre la fête et le culte à Satan…

Au cours des dernières années, plusieurs chrétiens d’Europe ont cherché à endiguer la progression d’une fête « américaine » qui gagne en popularité chez eux. Certains vont même jusqu’à proposer une contre-fête, une manière de souligner la vie au lieu de la mort. Ils ont appelé ça « Holy Wins », c’est-à-dire « la sainteté l’emporte ».

Au Québec, plusieurs croyants, toutes religions confondues (ou presque), soulignent l’Halloween, une fête qui a largement remplacé au fil des années les festivités du Mardi gras chez les chrétiens.

L’intérêt de l’Halloween, c’est justement qu’ils n’ont pas à se casser la tête avec les symboles religieux. Squelettes, croix et autres pierres tombales sont affichées bien innocemment, sans qu’on ne cherche particulièrement à y voir une « attaque » à l’endroit des croyances religieuses… Et à ceux qui veulent absolument y voir des ramifications religieuses, on répond poliment qu’ils peuvent toujours se rattraper avec la Toussaint le lendemain et la fête des morts le 2 novembre. La fête a bel et bien certaines racines chrétiennes, mais il y a belle lurette qu’elles ont cessé de la déterminer.

Le soir de l’Halloween, toute la province peut porter une burqa ou se déguiser en rabbin, en évêque ou en bonne sœur sans déclencher un psychodrame médiatique. Le pape va de porte en porte avec Iron Man et Scooby-Doo, et c’est très bien ainsi.

Car l’Halloween n’a pas la gravité d’autres grandes fêtes annuelles. Ce n’est pas adossé à une journée politiquement teintée, comme le 24 juin, le 1er juillet ou de la fête des Patriotes/de la Reine/de Dollard. Ça ne fait l’objet de querelles de sens année après année. Il faut entendre tous ces croyants qui ne savent plus où se mettre ni comment réagir à Noël et à Pâques. Plusieurs d’entre eux ressentent un véritable malaise à voir diverses tentatives pour faire de Noël une fête du solstice qui n’a aucune emprise sur la réalité socio-historique d’ici. Joyeux Noël ou bon temps des fêtes ? Sapin de Noël ou résineux festif ? Où peut-on encore mettre la crèche ? Diantre, où peut-on encore acheter une crèche ? Et que dire de Pâques ? Pourquoi un mec mort il y a deux millénaires viendrait-il pourrir l’ambiance et envenimer les rencontres de famille ?

Mais ce n’est rien.

Il faut encore voir tous ces curés qui se retrouvent soudainement avec des lieux de culte bondés de visages inconnus, venus faire amende honorable, parce qu’après tout, « il y a des belles valeurs là-dedans… » « Comment leur parler ? », se demandent-ils. Vont-ils comprendre ? Seront-ils fâchés si je les invite à revenir ? Et que faire des réguliers, qui s’attendent à des paroles spirituelles profondes ? Comment tenir compte d’un décalage évident entre les attentes de chacun ?

À l’Halloween, il n’y a ni curé ni rabbin. Les petits diables déambulent parmi les anges et les tortues ninjas. La surabondance des symboles habituellement incompatibles est encouragée. Il n’y a aucune obligation familiale autre que celle de laisser les enfants, petits et grands, s’amuser un peu à l’extérieur en s’habillant à leur guise. Certes, il y aura toujours quelques écervelés pour pousser la note du mauvais goût, mais il s’ensuit aussitôt une réprobation générale.

L’Halloween, c’est à peine plus qu’une journée comme une autre. Les gens travaillent, les enfants ont école, tout est faux, les symboles sont pris à la légère, les friandises ont le dessus sur le bio et les bonnes habitudes alimentaires. Bref, c’est léger et un brin iconoclaste. Or, pourquoi un croyant voudrait-il fêter ça ?

Parce qu’une fois de temps en temps, il a lui aussi besoin d’un break.