Les écrits de François de Laval de nouveau accessibles à tous

Les écrits de François de Laval de nouveau accessibles à tous

François de Laval frappe l’imaginaire de bien des Québécois : de l’homme qui a fondé le Séminaire de Québec, la cathédrale Notre-Dame et qui est à l’origine de l’Université Laval, on retient souvent la figure d’un fondateur, voire d’un entrepreneur. Alors que Québec fête sa canonisation, voilà qu’un nouvel ouvrage vient mettre l’accent sur son héritage spirituel en mettant le lecteur au contact des écrits du nouveau saint.

Mgr Hermann Giguère s’intéresse à Mgr de Laval depuis de nombreuses décennies. Comme bien des gens, il a constaté au fil du temps que ses écrits sont difficilement accessibles. À vrai dire, le principal ouvrage qui les regroupe date de 1956 : Quebecin : beatificationis et canonizationis ven servi Dei Francisci de Montmorency-Laval, episcopi quebecensis (1708), altera nova positio super virtutibus ex officio critice disposita. Il comporte plus de 1000 pages et requiert du lecteur une bonne connaissance du latin, ne serait-ce que pour lire le titre… Il ne se trouve que dans quelques bibliothèques.

Pour remédier à ce problème, Mgr Giguère a publié un premier recueil de textes choisis il y a près de 15 ans. Contrairement à la demande, l’ouvrage est aujourd’hui épuisé… C’est dans ce contexte que le Centre d’animation François-de-Laval, situé à l’intérieur même de la basilique-cathédrale de Québec, a approché Mgr Giguère il y a quelques mois pour lui proposer d’entreprendre un nouvel ouvrage afin de répondre à la demande.

39 textes à saveur spirituelle
C’est ainsi que Écrits spirituels de François de Laval a vu le jour. Le livre fraîchement imprimé propose une présentation des principaux thèmes retrouvés dans les écrits du premier évêque de Québec. Puis, trente-neuf textes originaux choisis et adaptés en français courant permettent de saisir l’essentiel de la vie spirituelle de Mgr de Laval, telle qu’il l’écrivait lui-même.

« L’objectif n’est pas de dire « ce qu’on a dit de lui n’est pas bien », mais d’inciter les lecteurs à aller plus loin. Pour cela, il n’y a rien de mieux que de donner l’occasion de lire les textes mêmes. Quand on le lit, on est en mesure de se laisser habiter par qui il était », soutient Mgr Giguère.

Mystique apostolique
Le professeur titulaire retraité de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, spécialiste de théologie spirituelle et d’histoire de la spiritualité, explique qu’il a découvert au gré de ses travaux une véritable figure mystique en la personne de François de Laval.

« On pense souvent aux mystiques de type sponsal. Mais chez François de Laval, à l’instar d’Ignace de Loyola, l’action, l’apostolat et l’union à Dieu ne sont pas des choses séparées. Il fait partie des mystiques, plus rares, de type apostolique, ou paulinien » », précise-t-il, en soulignant les liens entre ses « œuvres » et sa vie intérieure.

Bousculer les idées reçues
L’ouvrage permet incidemment de dépoussiérer certaines idées reçues sur le fondateur du séminaire. Il y a plusieurs années, le personnage était souvent reconnu pour ses mortifications et son austérité. Mais en canonisant le premier évêque de Québec le mois dernier, le pape a évoqué un témoin « lumineux » de la foi et de l’évangélisation. Exit le triste sire, faites place à un homme d’une étonnante actualité, semblait dire le pape François.

Mgr Giguère poursuit dans cette voie en évoquant un homme préoccupé des relations : relation à Dieu, mais aussi relations humaines. Il vivait parmi les autres prêtres et a toujours refusé de se faire construire un évêché. Pour lui, la « désapproriation », ou la mise en commun des biens matériels, facilitait les relations fraternelles. Il évoque fréquemment Marie, relève le professeur, mais en l’associant souvent à Jean, à Jésus ou à Joseph. Pour lui, il était clair que les grandes figures de la foi méritaient d’être approchées dans une perspective relationnelle.

Ses conseils aux missionnaires, un «document majeur»
Dans ses écrits, son souci de l’autre est illustré avec éclat et humour dans ses instructions aux missionnaires, un « document majeur », considéré comme le plus important du livre par Mgr Giguère. On y découvre un François attentif, capable d’humour.

« N’avoir rien dans notre vie et dans nos mœurs qui paraisse démentir ce que nous disons ou qui mette de l’indisposition dans les esprits et dans les cœurs de ceux qu’on veut gagner à Dieu », conseille-t-il aux prêtres en 1668. « Il faut se faire aimer par sa douceur, sa patience et sa charité et se gagner les esprits et les cœurs pour les gagner à Dieu ; souvent une parole d’aigreur, une impatience, un visage rebutant, détruiront en un moment ce que l’on avait fait en un long temps », ajoute-t-il.

Avec un index, une chronologie, des présentations pour chacun des trente-neuf textes, l’auteur souhaite donner aux lecteurs un ouvrage de référence qui permettra, enfin, d’entrer à nouveau en contact avec la plume de ce mystique apostolique.

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Écrits spirituels de François de Laval
Hermann Giguère, préface du cardinal Gérald Lacroix, archevêque de Québec
Séminaire de Québec, 2014, 212 pages