Michel Boucher, le miraculé de Trois-Pistoles

Michel Boucher, le miraculé de Trois-Pistoles

*Reproduction d’un texte rédigé pour Radio VM le 9 octobre 2014.

« T’as besoin d’un miracle ? Eh bien elle aussi. » L’infirmier connaissait la gravité du cancer qui rongeait Michel Boucher en ce mois de décembre 1990. Il en avait pour un an tout au plus. Ou deux semaines. À vrai dire, les médecins étaient plutôt pessimistes.

Mais Michel, lui, est un optimiste. Lorsque cet infirmier lui a proposé de prier Marie-Élisabeth Turgeon, la fondatrice de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire à Rimouski, il a foncé.

Il y a quelques semaines, 24 ans après sa maladie, Michel a reçu un paquet en provenance du Vatican. C’était un dossier attestant ce qu’il a toujours su : il est un miraculé. Et son cas vient de paver la voie à la béatification de la religieuse rimouskoise.

Un cancer d’enfant
À 38 ans, Michel Boucher avait tout pour être heureux : une épouse, trois enfants âgés de 8 à 12 ans, un emploi stable. Pour cet homme de Trois-Pistoles, la perspective d’une mort prochaine a fait irruption d’un seul coup en novembre 1990.

« Ça s’est présenté comme un mal de dos, raconte-t-il. Ça a commencé lors d’une réunion à l’épicerie où je travaille. J’ai enduré la douleur, croyant que c’était mon hernie discale d’il y a quelques mois qui se manifestait à nouveau. Mais rendu chez moi, c’était plus toughable », explique-t-il.

Arrêt de travail, perte de poids, teint blême : sa santé périclitait.

« Un soir, je recevais un ami à souper. J’avais mal. Je servais de la boisson pour que ça ne paraisse pas que j’avais très mal ! J’ai fini par aller me coucher. Mon chum ne trouvait pas ça normal. Puis, dans la nuit, je suis retourné à l’hôpital. Ils m’ont donné un médicament qui devait m’assommer. Ça a marché une heure », poursuit-il, précisant que la douleur intense est aussitôt réapparue.

Le lendemain, retour en catastrophe à l’hôpital.

Neuroblastome. Un verdict assassin.

« C’est dans ta moelle, dans tout ton corps. Les os deviennent faibles », dit-il au sujet de cette maladie qui l’affligeait. Ce type de cancer est généralement associé aux jeunes enfants. Les médecins n’avaient pas vraiment de traitements faits pour lui. Ses chances de s’en tirer étaient faibles.

Une rencontre spirituelle
« Je ne me sentais pas prêt à mourir. Ils ne m’auront pas de même, que je me disais… Mon infirmier est venu dans ma chambre : j’ai dit :  » Denis, il n’y a pas quelqu’un ?  » Il m’a dit :  » Oui. Marie-Élisabeth Turgeon a besoin d’un miracle pour être sainte  »».

Michel Boucher a alors demandé à en savoir plus. Il avait bien sa tante Berthe qu’il trouvait fort sympathique et qui était religieuse au sein de la congrégation fondée par Marie-Élisabeth Turgeon, mais il savait peu de choses sur la fondatrice.

On amena donc à Michel tout ce qu’il fallait pour prier la fondatrice : des images, des prières, des reliques. Il a aussi pu en donner aux membres de sa famille.

« Je lisais les prières tous les jours. Je les gardais avec moi sous mon oreiller », se remémore-t-il.

Sa maladie coïncidait avec le temps des fêtes. Les traitements de chimiothérapie ont débuté une semaine avant Noël. « Ça finissait le 24 au soir. Ils ont fini vers 22h. Je voulais sortir et être chez nous à Noël. Je suis sorti vers 23h. J’ai fait le trajet, mais j’ai dit à mon frère : « dépêche-toi parce que je vais décorer ton char ! » J’ai eu des nausées… Je suis retourné le lendemain matin à l’hôpital… ».

Guérison
La famille était sous le choc. Ces semaines difficiles peuplées de traitements et d’incertitudes ne disaient rien qui vaille. Mais voilà qu’après quelques semaines, le diagnostic changea complètement.

« En février j’apprenais qu’il n’y avait plus rien, plus de trace. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à me dire que j’étais miraculé », dit-il. « Si je suis en vie aujourd’hui, c’est grâce à Élisabeth et au bon Dieu. Et un peu de moi aussi ! Il fallait tout de même que je sois positif et que j’y crois. »

Michel Boucher parle avec franchise et simplicité, sans s’enorgueillir de ce qui lui est arrivé. Il admet même que la guérison n’a pas fait de lui une grenouille de bénitier.

« Avant ma maladie, on allait à l’occasion à la messe. On y allait plus souvent avec le parcours catéchétique des enfants. Aujourd’hui, on n’y va pas souvent, mais des fois… Mais sans aller à l’église tu peux avoir un contact très fort avec Dieu. Je peux dire qu’à tous les jours j’ai une pensée pour Élisabeth Turgeon. Je parle avec elle, je lui confie mes problèmes, je lui demande de l’aide », confie-t-il.

Reconnu dans son milieu
Avec les années, l’événement continue de se répercuter dans sa vie. La récente reconnaissance officielle par Rome qu’il s’agit d’une guérison considérée comme étant miraculeuse redonne à sa maladie une actualité insoupçonnée.

« La vie m’a apporté ça, enchaîne-t-il. On a cheminé dans toutes les étapes de la vie depuis ce temps-là, mon épouse et moi. On est dans une période où on est dans une prise de conscience de ce qui s’est passé. On a plus de recul sur ce qu’on a vécu. »

L’homme aujourd’hui âgé de 59 ans reçoit plusieurs témoignages de sympathie. Des gens vont même le voir au supermarché où il travaille pour lui glisser un mot d’encouragement.

« Les gens m’ont toujours vu différemment. J’ai eu des témoignages verbaux et téléphoniques. On me dit :  » On est contents pour toi Michel. C’est beau, on se souvient de ça. » Ils se rappellent de mon cancer… Et mes enfants voient ça… ils sont convaincus que je suis miraculé. Ils avaient trouvé ça dur à l’époque. Quant à moi… je suis resté moi-même pareil. »

Une relation continue
Pendant plusieurs années, on lui a demandé de garder le secret sur la démarche de l’Église en vue de la reconnaissance d’un miracle qui serait attribué à Marie-Élisabeth Turgeon. À part son épouse Dania et leurs enfants, seuls quelques parents et amis étaient au courant. La nouvelle est arrivée le mois dernier, et son nom a commencé à faire le tour du monde, alors que divers médias s’intéressaient à son histoire.

« Quelqu’un a dit :  » Michel se dit miraculé  ». C’est pas ça ! Il y a eu un procès. Je ne le dis pas, je le suis ! », affirme-t-il d’un ton plus reconnaissant que fier.

Comme tous les Rimouskois, il attend d’en savoir plus sur la béatification de Marie-Élisabeth Turgeon. Il se réjouit à l’idée que la cérémonie puisse se dérouler à Rimouski.

Lorsqu’on lui demande s’il a l’intention de célébrer cette reconnaissance du Vatican d’une manière particulière, il répond en riant qu’il n’a pas encore eu le temps de penser à ça.

« Je suis président du syndicat des employés du supermarché où je travaille. En fin de semaine prochaine, nous aurons un blitz de négociations. J’inclus Élisabeth Turgeon dans toutes mes affaires de la vie. Donc je lui demande de nous aider. Il faut ! Elle est capable ! Ben quin ! »